A portée de crachat

de
Taher Najib
mise en scène
Laurent Fréchuret

De Ramallah à Tel-Aviv en passant par Paris, Taher Najib raconte sur le ton de l’ironie douce-amère les tribulations d’un acteur palestinien sans cesse confronté à des images de luimême qu’il récuse : celle du guerrier arabe avide de vengeance qu’il incarne sur scène, celle du djihadiste en puissance dans les aéroports internationaux, celle du terroriste potentiel dans son propre pays, Israël, où il n’est jamais perçu ni traité comme un citoyen de plein droit.

Ce témoignage drôle et poignant sur les paradoxes de l’identité israélo-palestinienne ouvre une réflexion sur l’existence ellemême. A portée de crachat, à portée de tir, à un jet de pierre, à deux pas d’ici, deux peuples vivent sur un territoire divisé. Acteur et auteur palestinien de nationalité israélienne, Taher Najib a d’abord écrit cette pièce en hébreu, la langue de l’autre, qu’il adresse aux Israéliens, en signe de main tendue. A travers des scènes du quotidien, A portée de crachat révèle un personnage attachant et complexe, ballotté entre la grande Histoire et son métier de comédien qui l’amène à traverser les frontières, à vivre d’un côté et de l’autre, sans être vraiment nulle part chez lui. Usant du détour par le rire, cette pièce en forme de monologue-récit interroge l’identité, sans dogmatisme. Laurent Fréchuret met en scène le comédien Mounir Margoum dans cette partition entre poésie pure et dure réalité.

Pourquoi avoir choisi d’écrire A portée de crachat d’abord en hébreu ? - Taher Najib : C’est leur langue, et j’ai voulu leur parler dans leur langue pour être certain qu’ils comprendraient ce que je racontais. Il est peu courant pour les Palestiniens des territoires occupés de parler l’hébreu – d’une part parce qu’il y a peu de réel contact entre les deux sociétés, d’autre part parce que les Palestiniens des territoires occupés y voient un geste politique. Quant à moi, en tant que Palestinien né en Israël, j’ai dû apprendre l’hébreu à l’école. Un million de Palestiniens environ sont dans mon cas. On nous appelle les Palestiniens de 48, ceux qui sont demeurés en Palestine après le désastre de 1948. Alors que j’écrivais la pièce, j’ai pris conscience que les thèmes que j’abordais concernaient aussi les autres Palestiniens. C’est pourquoi j’ai aussitôt entrepris de la traduire moi-même en arabe, pour qu’elle puisse être également représentée dans cette langue.