Juliette
Gourmande lorsqu’elle arpente la scène, vivante comme jamais lorsqu’elle s’installe à son piano. Une femme sémaphore, une gourgandine éclairée, une « Madame promène son cul… » sur les remparts de nos vies avec une détermination éprouvante. Ses rimes, fatalement féminines, sont le creuset où l’homme qui s’oblige à penser, affronte la confusion des sentiments. Les « Il était une fois » de Juliette sont les clés qui ouvrent sur des contrées où la cruauté, le vrai et le faux, le désir, la peur, roulent sur nos âmes dévisagées. Une sorte de tour de force, cette Juliette : faire des vices humains la vertu d’un spectacle. Mais n’oublions pas l’essentiel. Juliette parfois se comporte comme un torero élastique, Juliette souvent pense et inquiète en chantant.
En français pour la langue. Parfois en espagnol pour le drame. Enfin et surtout, Juliette est l’élégance en mouvement. Elle bouge sans faire de vent et cela confine à une forme de rareté. Parce que chez elle le rire est la moindre des politesses, parce que l’authenticité n’est ni du marketing, ni une nouvelle voie politique, parce que le sens mène à la sensualité. Croiser Juliette, l’écouter parler, la surprendre à vous écouter n’est pas une facilité. Son visage est la lucidité incarnée. Ronde mais aiguisée. Sûrement qu’elle n’est pas à prendre ou dans tous les cas pas comme cela, elle qui ne semble vouloir appartenir à personne. C’est une de ses prouesses que de maintenir son public dans le sens de la hauteur. A distance tout de même et cela fait exactement vingt ans que ça dure. Avec le manque en supplément au programme quand il le faut. Ce besoin d’elle qui, spectacle après spectacle, disque après disque, la rend si attachante, si brûlante d’être dans la vie une belle personne. Comme de se dire qu’avec elle, vous effectuez aussi le meilleur voyage dans ce siècle en chansons. Parce que c’est tout le passé, le présent et le futur qui s’embrassent.

