Moriarty
Ils sont cinq : une diva et ses quatre frères. Sans oublier Gilbert, tête d'animal empaillé et membre secret du groupe, dont on raconte qu’il tire les ficelles dans l'ombre. Tous vivent, créent et cultivent leur excentricité dans un territoire qu’ils nomment « Moriartyland ». On ignore d’où ils viennent, ils sont arrivés là vers la fin du siècle dernier, et puis ils sont restés. Comme ils chantent en anglais, on suppose que certains d’entre eux seraient venus d’Amérique...
Evadés d'un cabaret folk déglingué, la musique de Moriarty est née d’une série de hasards et d'accidents. On s’en doute un peu en découvrant une acoustique nue, faite d’aspérités et d’imprévus, tissée autour de la voix puissante et profonde de cette diva sortie d’un autre temps. Cette musique est peuplée par des présences lointaines : folk américaine et irlandaise, blues rural du sud des Etats-Unis, country hantée et élégamment poussiéreuse, et peut-être même le revenant d’un exilé allemand ressemblant étrangement à Kurt Weill. Et surtout, elle raconte des histoires...
De vraies histoires ? Parfois, oui. Comme celle de Lily, partie à l’armée à dix-neuf ans, qui s’est confiée à Moriarty au dernier soir de sa vie civile. Parfois, ce n’est que pure fiction. Des chansons aux allures de nouvelles ou de courts métrages où l’on croise des personnages qui nous évoquent ces visages aux regards intenses des photos prises pendant la Grande Dépression ou les héroïnes fragiles saisies par l’objectif de Lewis Carroll.

