Une maison de création
Ici et maintenant, se cherche, s’invente, se fabrique et se crée Le Roi Lear de William Shakespeare, dans une nouvelle traduction, avec une troupe en jeu autour du poète, pour partager un mois durant à Sartrouville ce grand voyage initiatique dans le temps et l’espace.
Le plateau comme cosmos
La dimension cosmique du langage utilisé par Shakespeare dans
Le Roi Lear ne se loge pas seulement dans les diatribes célèbres de Lear contre les éléments déchaînés, mais elle se trouve dans la présence récurrente de questionnement devant les rouages de la nature. L’évocation de tout l’univers, depuis les plus hautes étoiles jusqu’aux plus petits insectes, passant par les loups, les chiens, les batraciens et autres, auxquels les personnages se réfèrent ou se comparent sans cesse, ne fait que renforcer l’impression que la pièce dépasse de loin le simple destin des personnages que le spectateur y rencontre.
Claude Nathalie Thomas, collaboratrice artistique
Des mots comme des armes
Que l'on interprète
Le Roi Lear, qu'on le traduise, ou que l'on soit l'un de ses personnages, on marche au-dessus du vide, avec l'inévitable sentiment que l'on ne peut, au fond, se raccrocher à rien... à rien, si ce n'est au texte lui-même, à l'instant où il se révèle – c'est-à-dire au présent. Dans
Le Roi Lear, les événements se produisent avec une brusquerie déconcertante. Il en va le plus souvent ainsi dans la vie, même si l'art aime fréquemment se montrer rassurant, en laissant croire le contraire.
Le Roi Lear est toujours inattendu – jamais rassurant. Rien n'annonce les épreuves que l'on y subit et l'événement le plus tragique de la pièce (la mort de Cordélia) est non seulement d'une violence inattendue, mais se situe au-delà du dénouement des deux intrigues enchevêtrées – alors que l'on pensait voir un nouveau jour se lever sur le royaume d'Albion... Il n'y a ni exposition, ni résolution dans Le Roi Lear, mais un long cheminement, dans une langue où une seule lettre sépare le mot (word) de l'épée (sword), et où formulation, intention et exécution se confondent...
Dorothée Zumstein, traductrice
Pièce-monstre
Nous sommes dans un cabaret où l’horrible approche. Le temps et la société craquent. L’orage gronde non loin d’ici, annonçant l’étrange parade, l’inquiétant défilé d’un catalogue de fous. Lear : une « Pièce-monstre », son héros : un «Homme-monde ». Cap au pire ?
> Laurent Fréchuret