Calderón
Pier Paolo Pasolini / Laurent Fréchuret
Le grand voyage
de Rosaura,
rêveuse et insoumise
© J.-M. Lobbé
Mort à cinquante-trois ans, assassiné dans des conditions aussi mystérieuses qu’effroyables, Pier Paolo Pasolini est aussi célèbre que méconnu. Son martyr sur une plage d’Ostie, une nuit de novembre 1975, a propulsé l’homme dans la légende des poètes maudits et son œuvre au rang de talisman sulfureux dont on s’approche avec circonspection. Pourtant Pasolini est bien plus que le cinéaste italien mystique et provocateur de « Théorème » et de « Salo ou les 120 jours de Sodome » qui trotte dans nos mémoires. Poète, romancier, peintre, dramaturge, journaliste et polémiste, il a copié ses devanciers, artistes de la Renaissance. Comme eux, il s’est plu à mettre en miroir l’ancien et le nouveau, le mythe et l’histoire, le singulier et l’universel, pour mieux éclairer le présent. Toute son œuvre et singulièrement son œuvre théâtrale stigmatise l’insidieuse barbarie du capitalisme moderne et d’une bourgeoisie sans mémoire et jette les bases d’une humanité plus fraternelle.
Avant le maudit, c’est le contestataire qui séduit aujourd’hui Laurent Fréchuret. Il trouve en lui un porte-voix à la mesure des préoccupations actuelles, et qui, cerise sur le gâteau, conjugue la politique et la poétique. « Pasolini, avec une ambition folle, convoque tout le théâtre dans son théâtre. Il invite à sa table, Eschyle et le siècle d’or, Shakespeare et Brecht pour mieux toucher à l’universel. »
Avec « Calderón », la plus théâtrale de ses pièces, il niche dans « La vie est un songe » en redistribuant d’autres cartes aux personnages. Rosaura, de rêve en réalité, traverse l’espace et des temps déraisonnables, refuse les identités qu’on lui attribue, remet en cause ce que la société lui impose. Pour nous raconter ce parcours d’une rebelle en quête d’un endroit où il ferait bon se réveiller, Laurent Fréchuret a mobilisé une belle troupe d’acteurs qui nous racontera, tel un conte riche d’imprévus, les tours et détours de Rosaura qui tombe de vie en vie, comme Alice tombe de merveilles en merveilles et traverse les miroirs.
texte Pier Paolo Pasolini, traduction Caroline Michel, mise en scène Laurent Fréchuret
avec
Stéphane Bernard, Yves Bressiant,
Roger Cornillac, Philippe Duclos, Karine Leurquin,
Odja Llorca, Valérie Marinese, Mélanie Menu,
Vincent Nadal, Marie Pillet
production Théâtre de Sartrouville–CDN, en coproduction avec la Comédie
de Saint-Étienne–CDN