Sylvain Maurice

DIRECTEUR DU CDN DE SARTROUVILLE

Biographie

Ancien élève de l’École de Chaillot, Sylvain Maurice fonde en 1992 la compagnie L’Ultime & Co, puis dirige le Nouveau Théâtre–CDN de Besançon et de Franche-Comté de 2003 à 2011. Depuis janvier 2013, il est directeur du Théâtre de Sartrouville-CDN.
Parmi une trentaine de mises en scène, on note De l’aube à minuit (1994) et Kanzlist Krehler (2002, Berlin) de Georg Kaiser, Un fils de notre temps (1995) d’Horváth, Thyeste (1999) et Œdipe (2004) de Sénèque, L’Apprentissage (2005) de Jean-Luc Lagarce, Les Sorcières (2007) de Roald Dahl, Peer Gynt (2008) puis Les Nouvelles Aventures de Peer Gynt (2016) d’Henrik Ibsen, Richard III (2009) de William Shakespeare.Son théâtre s’oriente sur les relations entre les disciplines artistiques : la marionnette, les arts visuels, la musique dans ses différentes formes. Il adapte et met en scène pour le théâtre musical La Chute de la maison Usher (2010) d’après Edgar Allan Poe, crée Dealing with Clair/Claire en affaires (2011), un texte inédit de Martin Crimp et Métamorphose (2013) d’après Franz Kafka.
En 2014, il se consacre à un Cycle Marguerite Duras avec La Pluie d’été (pièce pour 6 acteurs) et Histoire d’Ernesto (forme pour 7 marionnettistes). En 2015, il adapte le roman de Maylis de Kerangal et crée Réparer les vivants. Il prépare pour avril 2017, à l’initiative de L’Arcal, Désarmés (Cantique) d’après Sébastien Joanniez, musique Alexandros Markeas, un opéra de notre temps qui réunit dans un projet participatif artistes professionnels et adolescents amateurs. Il signe en novembre 2017 l’adaptation et la mise en scène de La 7e Fonction du langage d’après le roman de Laurent Binet, ainsi que la mise en scène de Bibi, librement inspiré de Charles Pennequin, avec la compagnie de l’Oiseau-Mouche.
En 2018, il crée Ma cuisine, spectacle associant théâtre d’objets, vidéo, musique… et recettes maison.

 

« ADAPTER LE ROMAN À LA SCÈNE »

Trois questions à Sylvain Maurice

Qu’est-ce qui a déclenché chez vous l’envie d’adapter, pour vos mises en scène récentes, deux romans : Réparer les vivants et La Septième Fonction du langage ?
Ce sont leurs sujets qui m’ont intéressé au départ. Dans Réparer les vivants, Maylis de Kerangal décrit ce que pourrait être l’humanité : des gens qui s’entraident pour vivre. Sa lecture fut un choc immédiat. Les thématiques abordées – la mort, le deuil, la solidarité, le don d’organe – résonnaient tellement en moi que c’est rapidement devenu une nécessité impérieuse : il fallait que je le mette en scène ! La Septième Fonction du langage fut aussi un coup de cœur. Laurent Binet y dépeint la comédie du pouvoir, son ivresse et sa fatuité avec une conscience et un brio inégalés. Au-delà du rire, il nous oblige aussi à nous interroger sur l’usage que l’on fait du langage, notre manière de nous situer en tant que citoyen, de nous forger une opinion. Réparer les vivants et La Septième Fonction du langage sont deux textes très engagés dans notre temps.

Y a-t-il des points communs dans le travail d’adaptation lorsqu’on s’empare de deux romans aussi différents l’un de l’autre ?
Le seul point commun tient à la nature du travail à mener, qui se découpe en deux temps : celui de l’adaptation et celui de la mise en œuvre. Pour Réparer les vivants, j’ai choisi de contracter, de cristalliser le texte pour garder les moments importants et les densifier. Il me semblait évident que la parole de l’auteur devait être incarnée par un comédien, porte-parole de tous les personnages. Dans La Septième Fonction du langage, l’auteur multiplie les intrigues et introduit entre elles des jeux référentiels. Une multitude de possibilités étaient offertes pour l’adaptation. J’ai choisi de simplifier le récit, et de le centrer sur le duo comique que forment le commissaire Bayard et le jeune professeur Herzog – en lui adjoignant un troisième personnage, interprété par une actrice.

Comment avez-vous abordé chacune de ces mises en scène, notamment du point de vue de l’expérience sensible proposée au spectateur ?
Le livre Réparer les vivants pose la question du sens profond de la vie, de manière humaniste et fédératrice. La mise en scène parie sur une grande simplicité. Elle est ancrée dans la verticalité – le musicien surplombant la scène, au-dessus du comédien –, ce qui rejoint pour moi la dimension tragique du récit. Dans cette histoire, le destin saisit et dépasse celui qui parle, et nous renvoie en tant que spectateurs à notre condition profonde, au-delà de nos individualités. Avec La 7e Fonction du langage, la mise en scène est au contraire… horizontale ! Le récit s’ancre dans des questions très actuelles, politiques. La forme s’apparente davantage au cabaret (représenté par Le Logos Club) non pas au sens strict, mais dans la mesure où l’on fait théâtre de tout, à partir de peu de choses, en connivence avec le public : l’illusion est à vue.

photo © TazzioParis