Avignon : 10 artistes interpellent le Président de la République

Cet appel exprime l’inquiétude et la détermination de nous tous.tes. Il alerte sur les conséquences des politiques d’austérité pour la création, les artistes, les équipes, les lieux culturels et les publics, et appelle à un engagement fort de l’État pour faire de la culture une véritable priorité.

Le Syndeac remercie chaleureusement Phia Ménard, Julien Gosselin, Julie Deliquet, Élise Chatauret, Abdelwaheb Sefsaf, Rebecca Chaillon, Céline Champinot, Bouba Landrille Tchouda, Madeleine Fournier et Baptiste Amann pour leur engagement et la force de leurs paroles.


Monsieur le Président,

Nous, artistes réunis à Avignon, vous interpellons aujourd’hui pour le théâtre, la danse, le cirque, la musique, la marionnette, la performance, qui subissent depuis plusieurs mois des attaques d’une brutalité inédite.

Monsieur le président, à l’heure où nous sommes confrontés à une puissante offensive réactionnaire, à la fragmentation du débat public et à une défiance envers les institutions, nous affirmons qu’affaiblir le service public de l’art et de la culture serait une erreur historique. Les coupes budgétaires à répétition et celles qu’on nous annonce nous obligent à crier, tant il y a urgence.

Monsieur le Président, une politique culturelle ne peut être réduite à des arbitrages comptables. Un budget est un moyen, il ne saurait tenir lieu de projet politique. Nous croyons fermement qu’une politique publique digne de ce nom commence par définir ce qu’elle veut rendre possible.

Monsieur le président, aujourd’hui, la culture ne représente plus que 0,7 % du budget de l’État, soit 14€ par habitant et par an d’art et de culture. Comment accepter que des économies aussi dérisoires puissent, en quelques mois, défaire ce que des décennies de politique culturelle ont patiemment construit et détruire avec une telle violence les espaces symboliques permettant à une société de se penser elle-même, à travers l’imaginaire, la poésie et la fiction.

Monsieur le président, des spectacles déprogrammés, des saisons amputées à la dernière minute, des équipes artistiques, techniques et administratives précarisées et épuisées, des lieux contraints de renoncer à leurs missions… Est-ce ce paysage de ruine que vous voulez laisser derrière vous ?

Monsieur le président, vous arrivez dans un an au terme de vos deux mandats à la plus haute fonction de l’état. Au moment de la crise sanitaire, vous avez su, avec l’année blanche, empêcher le naufrage du monde de la culture, il vous appartient aujourd’hui d’aller au bout de ce geste.

Monsieur le président, vous le savez, le service public de l’art et de la culture n’est pas davantage un privilège accordé aux artistes que l’hôpital ne l’est aux soignants, ou l’école à celles et ceux qui y enseignent. Il est un bien commun qui protège nos vies d’une réduction à leur seule valeur économique, nourrit l’esprit critique et fait vivre le dissensus, condition même de toute démocratie.

Monsieur le Président, vous avez souvent rappelé que l’empreinte laissée par les grandes femmes et les grands hommes politiques se mesure aussi à l’héritage culturel qu’ils laissent derrière eux. L’heure est venue de choisir de quel côté de l’histoire vous voulez vous tenir. Ne soyez pas celui qui aura tout détruit.

Monsieur le président, l’urgence de la situation nous conduit à vous demander de prendre au plus tôt les décisions qui s’imposent : annuler immédiatement ces nouvelles coupes budgétaires, ouvrir un véritable débat national sur l’avenir du service public de l’art et de la culture et vous engager à porter progressivement à au moins 1 % du budget de l’État les moyens qui lui sont consacrés, afin de permettre aux équipes artistiques de retrouver les conditions de leur indépendance de création, aux lieux d’accompagner durablement les artistes et les œuvres et à chacune et chacun de bénéficier d’un égal accès à l’art et à la culture sur l’ensemble du territoire.

Monsieur le président, ce qui est en jeu n’est pas seulement l’avenir d’une profession mais celui d’une certaine idée de la République. Vous en avez le pouvoir, il ne tient qu’à vous. »

 

Aidez-nous en vous mobilisant dès maintenant :

  • Signez la pétition et faites-la circuler autour de vous : Je signe !
  • Relayez la campagne #1PourCentCulture sur vos réseaux

Communiqué du SYNDEAC

Chères spectatrices, chers spectateurs,

La saison que nous vous présentons aujourd’hui est une fois de plus profondément fragilisée.

Vous le savez, depuis plusieurs années, les moyens consacrés à la création artistique se réduisent, tandis que les incertitudes budgétaires s’accumulent pour l’ensemble du spectacle vivant public.

Si nous avons toujours cherché à rendre ces difficultés les moins perceptibles, la réalité ne peut désormais plus être dissimulée.
Les productions des spectacles reposent sur une addition complexe de financements multiples : c’est-à-dire des aides de l’État, des collectivités territoriales mais aussi les contributions de plusieurs partenaires culturels dans différentes régions. Mais cette année, l’ampleur des coupes budgétaires et leurs annonces extrêmement tardives conduisent à une situation que nous n’avions encore jamais connue et génèrent de tels dysfonctionnements, qu’il nous semble indispensable de les partager avec vous en toute transparence.

Comme dans tous les autres lieux en France qui présentent actuellement leurs saisons, une partie des spectacles que nous vous annonçons ce soir sont portés par des compagnies qui à ce jour n’ont plus toutes les garanties de pouvoir réunir les moyens nécessaires à leur réalisation. Le montage financier de leurs spectacles demeure tributaire d’un ensemble de financements qui étaient prévus mais qui sont subitement devenus incertains.

Nous parlons ici :
– Des aides directes aux compagnies qui sont annoncées en baisses ou supprimées ;
– Du retrait tardif du soutien d’autres lieux partenaires qui, soumis à des coupes budgétaires importantes, n’ont finalement pas pu concrétiser leur volonté initiale de coproduire ou d’accueillir le spectacle cette saison ;
– De la diminution globale du nombre de représentations prévues sur l’ensemble de la saison qui remet en cause la viabilité du modèle économique du projet et de la politique salariale des artistes et techniciens intermittents.

Bref, ces coupes budgétaires trop massives et trop tardives, mettent à mal toute l’économie de la production et de la diffusion de ces projets, au moment même où nous vous présentons leurs programmations.
Vous devez savoir que certaines équipes artistiques sont même menacées, à court terme, de cessation partielle ou totale d’activité. Et que cet horizon est devenu malheureusement tangible pour un nombre très important de structures culturelles dans notre pays, quelles que soient leurs tailles.

Ce qui se joue aujourd’hui dépasse largement nos seules institutions. C’est un plan social qui se concrétise. Partout, les équipes artistiques, techniques et administratives travaillent dans une précarité grandissante, leurs emplois sont concrètement menacés, le nombre d’artistes présents dans les distributions se réduit, et peut-être même que des œuvres ne verront finalement jamais le jour.

Si nous avons fait le choix de vous informer avec lucidité et responsabilité de cette situation, c’est parce que plus que jamais votre présence à nos côtés est porteuse de sens. Votre engagement à venir voir les spectacles est non seulement un soutien indispensable à l’économie de notre lieu et au développement des projets artistiques, mais c’est surtout la meilleure des manières pour afficher notre solidarité et l’importance que nous accordons communément à la présence de la culture dans nos vies, dans un moment où son existence est fortement remise en cause.

Dans les semaines à venir et dans les prochains mois, il est fort probable que nous ayons activement besoin de votre soutien, pour défendre l’économie du spectacle vivant public, c’est-à-dire :
– Pour maintenir des tarifs accessibles à toutes et tous.
– Pour continuer à mettre en œuvre des actions d’éducation artistique dans les établissements scolaires.
– Et pour accompagner avec ambition des œuvres et des artistes tout en préservant la diversité esthétique de ces créations.