• Arcadie

    texte Emmanuelle Bayamack-Tam
    adaptation et mise en scène Sylvain Maurice

    Adapté du roman d’Emmanuelle Bayamack-Tam, Arcadie (prix du Livre Inter 2019) se présente comme une grande enquête troublante et hilarante sur le genre.

    Farah, bientôt 15 ans, habite à Liberty House. Ce domaine coupé du monde moderne dans lequel sa famille a trouvé refuge a pour maître des lieux Arcady, qui y professe, au cœur d’un cadre bucolique, ses penchants libertaires, son idéal de tolérance et l’amour de la littérature. Dans cette communauté quelque peu déjantée, l’adolescente en proie aux troubles naissants du désir, va voir son corps se transformer de manière étrange…

    Touchant, féroce et drôle, le roman d’Emmanuelle Bayamack-Tam est un récit d’apprentissage en forme de quête d’identité et d’ode à la différence. À travers ses frasques de jeunesse et ses observations tendres ou irrévérencieuses sur notre monde et ses dérives, Farah bouscule nos certitudes : Qu’est-ce qu’être un homme ou une femme ? Quelle est cette prétendue normalité qui intègre autant qu’elle exclut ? Quelle société alternative bâtir pour demain ? Sylvain Maurice porte à la scène ce texte jubilatoire alliant le « parler jeune », la langue littéraire, les détournements de romans cultes et les références à la pop culture. Incarnée avec gourmandise et sensualité par Constance Larrieu (La 7e Fonction du langage, Un flocon dans ma gorge), Farah nous plonge dans les utopies de l’adolescence.

     

    distribution

     

    avec Constance Larrieu
    lumière Rodolphe Martin
    création sonore David Bichindaritz
    costumes Olga Karpinsky
    collaboration à la scénographie et régie générale Alain Deroo

    production Théâtre de Sartrouville–CDN
    Arcadie est édité chez P.O.L – prix du Livre Inter 2019
    visuel © Atelier Poste 4

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    Entretien avec...

     

    À travers la voix de son héroïne, Arcadie pose des questions qui traversent toute la société : le genre, le vivre ensemble, la place réservée à celles et ceux qui vivent à la marge, etc. Qu’est-ce qui t’a séduit dans la façon dont Emmanuelle Bayamack-Tam s’empare de ces sujets ?  
    Sylvain Maurice : C’est le personnage de Farah qui me plaît. C’est une ado d’aujourd’hui, complètement inscrite dans son temps, qui est en même temps un personnage doté de qualités exceptionnelles : elle possède en particulier un regard très incisif, presque mordant, sur le monde adulte. Elle déjoue tous les stéréotypes, y compris ceux associés aux valeurs libertaires dont elle est issue. C’est très rare de proposer au public un personnage aussi libre et émancipé – qui possède qui plus est un humour irrésistible.

    Pour toi, Liberty House est-elle une communauté s’enfermant dangereusement sur elle-même ou une sorte de paradis, un lieu d’éducation idéale ?
    Elle est les deux. Au début, elle offre à Farah une nouvelle famille, sa « vraie » famille étant très déficiente. Arcady, le maître des lieux, est une figure paternelle et hédoniste qui rassure, valorise les exclus et les marginaux et donne du plaisir. Ensuite, comme toute communauté qui se referme sur elle-même, Liberty House crée ses propres limites : l’utopie va se casser le nez sur la question des migrants. Faut-il ou non les accueillir ? L’amour dont se réclame Arcady se voit soudain réservé à un cercle restreint de privilégiés…

    L’adolescence est peu présente dans ton travail de metteur en scène. Qu’est-ce qui te pousse à l’aborder aujourd’hui ?
    En effet, c’est plutôt le thème de l’enfance qui habituellement structure mes choix. Mais Arcadie a aussi pour sujet la métamorphose du corps qui est un sujet que j’explore fréquemment. La proposition d’Emmanuelle Bayamack-Tam travaille selon deux approches : les changements physiques à la puberté, mais également la métamorphose fantastique – on pense à Ovide – puisque Farah née fille devient progressivement, peut-être, un garçon. Les corps, dans Arcadie, sont un sujet infini de questionnements : la jeunesse côtoie la vieillesse, la santé est confrontée à la maladie, la jouissance est révélée avec sa part de monstruosité.

    En effet, dans Arcadie, le corps est central : sa gloire, sa vieillesse, ses métamorphoses, les désirs qui le traversent et ceux qu’il inspire. Comment abordes-tu le corps de l’interprète dans ton adaptation ?
    Par la puissance de l’écriture. C’est une langue inouïe, aussi soutenue que triviale, qui allie le « parler jeune », les jeux avec l’histoire littéraire et les clins d’œil à la pop culture. Nous n’avons par conséquent pas besoin d’illustrer cette métamorphose, car elle est autant une rêverie, un fantasme, une chimère qu’un événement réel. En cela, Arcadie – le pays du bonheur dans la Grèce antique – est une œuvre ouverte et contradictoire qui est fondamentalement porteuse de vie et d’espoir.

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