• La Campagne

    texte Martin Crimp
    mise en scène Sylvain Maurice

    – Est-ce qu’elle est vivante ? Évidemment qu’elle est vivante. Ça veut dire quoi, ce genre de question ?

    À la recherche d’une vie plus tranquille, Richard (qui est docteur) et sa femme Corinne ont quitté Londres pour se retirer à la campagne. Un soir, Richard rentre avec Rebecca, une inconnue qu’il a trouvée étendue, dit-il, sur le bas-côté de la route. C’est ici que la pièce commence et que s’installe son leitmotiv : le doute… La pièce pourrait être une pièce policière car elle dispose de tous les éléments qui captent l’attention du spectateur. Mais elle ne livre ni une explication de ce qui s’est passé ni une fin mettant un terme à notre incertitude. Martin Crimp se libère de l’intrigue pour explorer, avec ironie et cruauté, les méandres les plus obscurs de la psyché.

    Projet
    | CRÉATION | du 22 au 26 novembre 2022
     

    Distribution

     

    avec Isabelle Carré et Yannick Choirat
    (distribution et équipe de création en cours)
    traduction Philippe Djian

    production Théâtre de Sartrouville–CDN
    photos © D.R. / Denis Manin

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    Note d'intention

     

    « Mettre en scène La Campagne de Martin Crimp s’inscrit dans une double continuité : d’une part ma fidélité à cet auteur dont j’avais mis en scène en 2011, Dealing With Clair/Claire en affaires ; d’autre part, la thématique du couple, abordée cette saison avec Raymond Carver, que Crimp prolonge à sa façon si singulière. Dans La Campagne, on est dans la configuration classique du trio : d’un côté Richard et Corinne, un couple de quadragénaires issus de la bourgeoisie et de l’autre Rebecca, qui vient perturber et révéler les fractures du couple. Ce qui me fascine, c’est que sous les aspects presque conventionnels ou bourgeois de ce dispositif, Crimp traite de la « dépersonnalisation ». Le couple, sous ses mots, est une machine à essorer le désir et même à anéantir la personnalité. Et au fond, même s’il ne l’indique pas explicitement, il prend le parti de Corinne.

    La Campagne est une pièce très concrète, avec un art du dialogue très rare, qui oscille entre l’ironie et la profondeur. Je suis frappé, dans cette œuvre en particulier, par la puissance de l’écriture : une intrigue parfaite (un « polar » qui se combine avec une « tragédie domestique »), un équilibre dans les dialogues, des personnages qui ne se dévoilent que très progressivement, et un arrière plan de critique sociale et politique. Le couple, pour Crimp, peut représenter, dans cette pièce en tous cas, le début d’une forme de totalitarisme : le grand thème crimpien est, selon moi, la perversion, et cela s’applique aussi bien dans la sphère privée que publique. Bien entendu, cette dimension de cruauté n’est que suggérée et on doit la mettre en scène avec discrétion, mais le langage crimpien a cette vertu de lectures ouvertes et multiples. Non sans humour, ce qui est, à ce degré de profondeur, une des nombreuses qualités de son écriture. La Campagneest aussi pour moi la rencontre avec deux interprètes rares, Isabelle Carré et Yannick Choirat, qui s’apprécient mutuellement, qui ont le désir de travailler sur cet auteur et qui peuvent porter ensemble un duo/duel amoureux fascinant. » Sylvain Maurice

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