• La Fête des Roses

    d'après Penthésilée de Heinrich von Kleist
    version scénique et mise en scène Sylvain Maurice

    Penthésilée, reine qui porte l’histoire terrible de son peuple meurtri, tente de démêler ses sentiments, entre son désir pour Achille et le destin qui lui est imposé.

    Penthésilée, jeune reine des Amazones nouvellement couronnée, est follement éprise d’Achille, jeune héros grec. Cet amour – qui est réciproque – est cependant conditionné par la nécessité de conquérir l’être aimé sur le champ de bataille. Achille accepte par conséquent de se faire passer pour prisonnier de Penthésilée, alors qu’en réalité elle est sa captive. Ignorante du « coup monté », la reine des Amazones confie à son amant l’histoire de son peuple, qui a réchappé à la mort en créant une tribu entièrement composée de femmes. Mais, découvrant qu’elle a été dupée par Achille, elle perd la raison et le tue avant de succomber à son tour.

    La Fête des Roses s’inscrit dans la continuité de ma mise en scène du chef-d’œuvre de Kleist la saison passée – spectacle qui n’a pu se jouer du fait de la crise sanitaire. Ainsi ai-je réuni autour de Norah Krief, tour à tour récitante et personnage, les musiciens Dayan Korolic et Rishab Prasanna pour rejouer le destin de la reine des Amazones. Penthésilée, jeune reine qui porte l’histoire terrible de son peuple meurtri par la violence des hommes, tente de démêler entre son désir véritable et le destin qui lui est imposé : comment accéder à son désir quand l’héritage est si lourd ? Elle prendra le risque d’essayer de vivre sa passion, au risque de la démesure et de la folie. Sylvain Maurice

    Production
    Musique Théâtre
    Petite salle numérotée | 1h05
    • mer. 30 mars 22 : 20h30
    • jeu. 31 mars 22 : 19h30
    • ven. 1 avril 22 : 20h30
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    Distribution

     

    avec Norah Krief et les musiciens Dayan Korolic et Rishab Prasanna

    texte français Ruth Orthmann et Éloi Recoing
    composition originale Dayan Korolic
    lumière Rodolphe Martin
    costumes Olga Karpinsky
    régie générale et lumière Fabien Vandroy
    régie son Eliott Hemery ou François Mallebay
    construction totems et décor Adrien Alessandrini et Mehdi Mazouzi / lycée Jules-Verne de Sartrouville
    avec la collaboration technique d’André Neri
    réalisation informatique et musicale, design sonore basse Joseph Escribe

    production Théâtre de Sartrouville et des Yvelines – CDN, avec l’aide de la SPEDIDAM
    photos © Simon Gosselin

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    La presse

     

    La Fête des Roses (…) se déguste avec plaisir. Un moment suspendu de poésie à savourer sans tarder ! L’Œil d’Olivier

    La remarquable adaptation de Sylvain Maurice (…) trace autant le portrait d’une héroïne tragique que celui d’une interprète qui endosse à elle seule le récit et l’incarnation, dans une amplitude et une finesse qui enchantent. Agnès Santi, Journal La Terrasse

    Norah Krief (…)est dans La Fête des Roses une merveilleuse conteuse d’aujourd’hui habitée par une guerrière d’hier. Anaïs Héluin, Scèneweb

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    Entretien avec...

     

    Vous proposez une nouvelle version du Penthésilee de Kleist, sous le titre La Fête des Roses ? Pourquoi revenir à ce texte ?
    Sylvain Maurice : Il y a une raison très simple à cette insistance : la figure de Penthésilée est une des plus grandes du répertoire. Elle rivalise avec des personnages comme Médée ou Lady Macbeth. Mais comme la dramaturgie de Kleist est démesurée, à la fois par son écriture échevelée et par le nombre de ses personnages, la pièce n’est quasiment jamais mise en scène dans sa « version originale ». L’œuvre fait de l’ombre au personnage, en quelque sorte. Elle nécessite, me semble-t-il, qu’on en propose une version scénique pour en resserrer le propos.

    Précisément comment avez-vous établi cette version pour la scène ?
    Je me suis attaché à faire des coupes avec pour seul enjeu de faire le portrait de Penthésilée : j’ai par conséquent supprimé les intrigues secondaires et condensé l’action autour du personnage principal.

    Et pourquoi l’avoir intitulé La Fête des Roses ?
    D’abord pour nous distinguer de l’œuvre originale, dont nous respectons l’esprit, mais avec laquelle nous avons pris des libertés afin de rendre les coupes cohérentes. Mais surtout parce que cette fête, organisée par les Amazones pour s’accoupler aux hommes qu’elles ont capturés, est un moment très sensuel, d’une grande singularité. Cela nous renvoie, me semble-t-il, à l’étonnement qui saisit chacun quand il découvre les coutumes de ce peuple inconnu de tous, uniquement composé de femmes. Kleist qui invente une vision toute personnelle du mythe des Amazones – une vision très différente de celle qui est racontée dans l’Iliade – est à la fois poète et anthropologue. Sa vision d’un peuple uniquement composé de femmes dépasse l’exotisme. Elle met en jeu des questions très concrètes comme la continuité de l’espèce, l’endogamie, le genre, qui résonnent aujourd’hui très fortement.

    Aviez-vous l’idée, au moment d’établir la version scénique, de la confier à une seule interprète ?
    Non. à l’origine du projet, je pensais à deux interprètes, un homme et une femme, ce qui correspondait peu ou prou au duo amoureux entre Achille et Penthésilée. Mais plusieurs essais se sont révélés infructueux et je me suis rendu compte que ce qui intéresse Kleist n’est pas le couple : son projet fondamental est vraiment de faire le portrait d’un personnage féminin fascinant par sa liberté et sa démesure. J’ai donc précisé le dispositif scénique en imaginant que le spectacle commence comme un conte, avec une unique narratrice – Norah Krief – qui passe d’un personnage à l’autre.
    Au début de la représentation, on est dans un registre épique, qui met en valeur, notamment grâce à la musique, le plaisir du récit. Mais au fur et à mesure, la narratrice se prend au jeu de l’histoire qu’elle raconte, et elle se fait déposséder de sa position omnisciente de conteuse pour basculer du côté du personnage. C’est ce changement de point de vue, du récit à l’incarnation, que la mise en scène postule : c’est pourquoi dans la dernière scène, Norah est entièrement le personnage, sans retour possible. Elle a été vampirisée en quelque sorte par la démesure du personnage.

    Il y a eu depuis deux ans plusieurs spectacles autour de la figure de Penthésilée, notamment le projet de Laëtitia Guedon. Et il semble que ce personnage trouve actuellement un écho tout particulier…
    C’est évident, car Penthésilée est prise dans une des grandes contradictions de notre époque – celle qui confond la mémoire, avec sa part fantasmatique, et l’histoire. En l’occurrence, Penthésilée est obligée, pour rester fidèle à ses ancêtres, de porter un récit édifiant du passé et elle ne peut s’en détacher. Ou si elle s’en détache, c’est au prix de perdre son identité et de basculer dans la folie. Je ne veux pas moderniser le propos de Kleist de façon forcée ou manichéenne, mais ce thème de la fidélité à l’origine n’est-il pas un des plus actuels ? Qu’est-ce qui me constitue comme sujet : ma fidélité absolue à mes racines – qui devient ma seule vérité – ou bien puis-je penser mon origine avec un regard critique et une mise à distance ? Une des questions de la pièce est : « ne doit-on pas, face à une sacralisation du passé s’attacher à construire la mémoire dans son historicité ? »
    Penthésilée vit dans cette contradiction, à travers sa passion pour Achille : est-il un simple géniteur (et dans ce cas Penthésilée est fidèle aux règles de son peuple) ou bien est-il un amant véritable, vis-à-vis duquel elle doit s’engager sincèrement (et dans ce cas, elle trahit la Loi des Amazones) ?

    Mais la pièce de Kleist ne comporte-t-elle pas une dimension féministe ?
    Certainement, mais je ne voudrais pas lui faire dire artificiellement des choses qu’elle ne dit pas. D’autant qu’il y a de multiples façons d’être féministe, si j’en juge par les débats actuels, n’est-ce pas ? Disons simplement que la pièce postule la question de l’égalité entre les sexes comme valeur princeps, ainsi que les questions de l’émancipation, de la procréation choisie…
    Mais je crois que le sujet principal – en tous cas celui qui m’intéresse – c’est la démesure, ce que les grecs anciens appellent l’hubris. C’est pourquoi, Penthésilée est un personnage profondément tragique. Comme Œdipe, elle est prise dans des contradictions insondables qui la font basculer dans des actes monstrueux : elle tue Achille, pour essayer de s’extraire de la loi des Amazones, mais en le tuant, elle en vient à mettre à mal le socle idéologique sur lequel s’est fondé son peuple. De fait, elle porte un héritage trop lourd pour elle. Elle se coltine à un passé que, comme Reine, elle respecte et porte au plus haut, sans s’apercevoir que ce passé l’entrave et la tyrannise. Et quand elle s’en rend compte, c’est trop tard : elle est passée à l’acte en tuant Achille, dont elle était pourtant profondément éprise.

    Cette question de la monstruosité, des frontières entre humanité et inhumanité, est un thème récurrent dans votre travail : on se souvient pour les spectacles les plus anciens de Thyeste de Sénèque ou de votre adaptation de L’Adversaire, le roman d’Emmanuel Carrère…
    Oui. Je suis bien embêté de le constater, car j’ai de l’humour et je suis capable de proposer de la légèreté dans mon travail ! J’ai même mis en scène des comédies ! Mais n’est-ce pas aussi une des fonctions du théâtre, depuis ses origines, de nous confronter à l’excès ? N’est-ce pas aussi une manière de nous en libérer ? Vaste sujet !
    Une fois de plus, la musique a une grande place dans ce projet. Vous proposez que Norah Krief soit accompagnée, à côté du fidèle Dayan Korolic, du flûtiste indien Rishab Prasanna. Pourquoi ce choix et comment cela fonctionne-t-il ?
    C’est une grande chance que Rishab – qui est un immense musicien – nous accompagne dans ce projet : il déplace la musique de Dayan vers une sorte d’electro-world pour en magnifier la transe. J’ai toujours en tête que la catharsis – puisque qu’il s’agit pour ce projet d’en tenter l’expérience lors de la représentation – passe par la musique. C’est ce que préconise Dionysos dans Les Bacchantes d’Euripide : la danse, le chant, la musique nous libèrent. Je cherche pour cette mise en scène que la musique nous touche très directement, physiquement, dans un groove obsédant et qu’elle nous transporte et nous libère enfin, comme si elle avait le pouvoir de nous libérer de la violence du monde. S’il y a un espoir, il est, de mon point de vue, à chercher de ce côté là !

    Propos recueillis par Agnès Ceccaldi

     

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    En tournée

     

    du 7 au 27 juillet 2022 à 13h30 (relâches les mardis 12, 19 et 26)
    au 11•Avignon, 11, boulevard Raspail – 84000 Avignon

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