La 7e Fonction du langage

d’après le roman de Laurent Binet
adaptation et mise en scène Sylvain Maurice

Un polar au cœur du pouvoir intellectuel et politique dans les années 80.

On a assassiné Roland Barthes ?! Bayard, inspecteur des Renseignements généraux, débauche Simon, jeune prof de lettres, pour élucider le crime… Le duo enquête de Paris à Venise, en passant par les États-Unis. Qui se cache derrière le masque du Grand Protagoras, Maître du mystérieux Logos-Club ? Le mobile du meurtre est-il « la septième fonction du langage », qui donne un pouvoir de conviction démesuré à celui qui la connaît ?

Sylvain Maurice a réuni un trio d’orateurs qui rivalisent d’ingéniosité et d’éloquence : Constance Larrieu, Pascal Martin-Granel et Manuel Vallade. Leurs joutes verbales – rythmées par la musique de Manuel Peskine – sont aussi profondes que ludiques. Elles racontent, grâce aux dialogues affûtés de Laurent Binet, la grandeur du verbe et ses limites, et peut-être la fin des utopies.

Espace Pro
disponible en tournée
Production
Théâtre
durée 1H30
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Distribution

avec Constance Larrieu, Sébastien Lété, Pascal Martin-Granel, Manuel Peskine, Manuel Vallade

musique Manuel Peskine
scénographie et lumière Éric Soyer
vidéo Renaud Rubiano et Loïs Drouglazet
costumes Marie la Rocca
assistanat mise en scène Nicolas Laurent
régie générale Rémi Rose

La Septième Fonction du langage a reçu le Prix Interallié © éditions Grasset et le Prix du roman Fnac
production Théâtre de Sartrouville et des Yvelines – CDN
coproduction Comédie de Béthune – CDN Hauts-de-France
Espace des Arts – Scène nationale, Chalon-sur-Saône
MA – Scène nationale, Pays de Montbéliard
© Élisabeth Carecchio

 

ENTRETIEN avec SYLVAIN MAURICE

Encore un roman, serait-on tenté de dire, à ce projet d’adapter La Septième Fonction du langage de Laurent Binet ! Pourquoi en effet poursuivre l’adaptation d’œuvres romanesques après Réparer les vivants de Maylis de Kerangal ?
Ce sont deux projets qui n’ont vraiment rien à voir, deux manières d’envisager le roman qui sont à l’opposé l’une de l’autre. Donc, après Réparer les vivants, ce nouveau projet est plutôt en rupture. J’avais envie, après la puissance tragique de Maylis De Kerangal, d’un projet plus léger ou ludique, qualités du roman de Laurent Binet. Ceci étant, c’est vrai que cela fait des années que j’adapte des romans. C’est même une constante de mon travail : j’ai notamment porté à la scène Un fils de notre temps de Horvath, L’Adversaire d’Emmanuel Carrère, Le Marchand de sable d’Hoffmann, La Métamorphose de Kafka… Je trouve, en adaptant, un espace de travail qui me permet de jouer des conventions théâtrales, du narrateur au personnage, du récit à l’incarnation.

Qu’est-ce que raconte La Septième Fonction du langage ?
Il y a plusieurs façons de résumer le roman de Laurent Binet. D’abord, c’est un « polar » : on a assassiné Roland Barthes et on diligente un flic, Bayard, qui pour se faire aider est assisté par un jeune prof, Simon Herzog. Ensuite, c’est un voyage dans le milieu intellectuel des années 70/80, sous un angle aussi ludique que méchant. C’est aussi un roman d’apprentissage pour Simon : comment un jeune homme se métamorphose, gagne en puissance mais aussi perd ses illusions. En cela, et c’est le dernier point, La septième fonction du langage est aussi une œuvre sur la fin des utopies : Binet indique qu’avec l’arrivée de Mitterrand au pouvoir se clôt un cycle et que depuis, c’est la communication qui a pris le pouvoir sur la puissance du verbe, et par là de la politique.

Quelle place donnes-tu à Roland Barthes dans ton adaptation ?
C’est une figure tragi-comique : il est dépositaire de cette fameuse Septième fonction du langage, qui est – sans dévoiler l’intrigue – l’objet d’une lutte féroce.

Mais cette fonction quelle est-elle ?
Je ne peux pas en parler, sinon je « spoile » l’histoire. Disons qu’elle donne des super-pouvoirs à celui qui la possède ! En fait c’est très drôle. Binet opère une sorte de synthèse entre La Sémiologie pour les nuls et San Antonio…

En effet !
J’aime sa joie et sa férocité à mettre à bas les fausses idoles.

On se souvient de l’échange tendu entre Laurent Binet et Yann Moix chez Ruquier sur France 2. Ou de la critique très dure de François Bégaudeau dans Transfuge… A contrario, Tiphaine Samoyault, qui est la biographe de Roland Barthes, a beaucoup aimé le livre, et Fabienne Pascaud a été dithyrambique… Pourquoi l’accueil du livre (récompensé par le Prix Interallié) a-t-il été si contrasté ?
Il a été reproché à Laurent Binet sa vision caustique de Philippe Sollers ou de Bernard-Henri Lévy. Mais est-ce qu’il n’a pas raison ? Binet défend de façon viscérale la pensée, mais il le fait sans se prendre ou sérieux. Beaucoup de gens à qui j’ai fait découvrir le livre me disent à quel point ils ont ri tout en apprenant beaucoup. En ce sens, c’est une réussite complète.

Ce choix de mettre en scène le roman de Laurent Binet me surprend de toi…
Pourquoi ? Parce que je monte rarement des comédies ? Je trouve que c’est un livre qui fait partager l’intelligence en étant très ludique.

Tu dis souvent qu’adapter un roman pour la scène, c’est choisir. Que choisis-tu ?
Oui, le temps théâtral n’est pas celui de la lecture, donc il faut couper et par conséquent simplifier… Je choisis de faire un focus sur Bayard et Herzog, en resserrant l’action sur ces deux personnages pour privilégier l’enquête, le polar. J’imagine un théâtre très forain, très libre, basé sur l’invention de l’acteur. J’imagine un spectacle très jubilatoire…

Propos recueillis par Nicolas Laurent, 03/07/2016